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"Il n'est de
victoire qui
vaille que celle
sur soi-même"

ecologie


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Les contes de la valise

Vendredi 23 février 2007



Les contes de la valise ou : histoires de folies très ordinaires.

INTRODUCTION : La salle des ventes (1)

    J'avais déchiré une quantité de feuilles de papier qui jonchaient le sol autour de mon fauteuil roulant et seul mon handicap m'empêchait de tourner dans la pièce comme un lion en cage.
Mes doigts étaient gourds à force de serrer le stylo.
                  
    Tous mes efforts restaient vains : la panne sèche de l'écrivain
Impossible de trouver l'endroit idéal où situer le lieu du crime de ce polar de bas étage, "littérature de gare" qui me nourrissait cependant depuis bientôt un demi-siècle, tant bien que mal.        


    Autant dire que j'avais eu le temps de faire le tour, durant toutes ces années, des multiples endroits potentiels et très probablement épuisé les ressources de mon imaginaire. Trouver une arme originale, un mobile et un meurtrier crédibles se révélaient déjà un véritable casse-tête...
 

    Mais, le décor sortant de l'ordinaire qui dès la première page happerait le lecteur et le pousserait plus avant, c'était véritablement mission impossible.
  
  Je désespérais et pestais à haute voix, furieux du retard que provoquait ce blocage.
 
L'écriture, même médiocre, restait toute ma vie.
Grâce à elle les heures filaient sans peine et j'en oubliais mes soucis, l'âge et la solitude. Cette vie de misère difficilement gérable malgré ma ridicule pension d'invalide.

    Je devenais au fil du temps tout ce que j'avais autrefois méprisé : l'archétype même du vieux bonhomme aigri, empli d'amertume et de rancoeur... égoïste et sans coeur.
    Je gardais ma pitié pour moi-même et détestais cela aussi. Le mot compassion était depuis longtemps rayé de mon vocabulaire...

    Tel était mon état d'esprit lorsque ma cousine Sarah,vieille fille de son état et mon unique parente, frappa à la porte. Femme très pieuse, elle se faisait un devoir de me rendre visite deux fois par mois environ.

     Revenant d'une vente aux enchères, elle me conta son après-midi tout en préparant mon dïner.

    Sarah symbolisait à merveille la femme bavarde et cancanière que j'aurais en d'autres temps évitée, mais ses petits plats mijotés m'incitaient à supporter son incessant caquetage.


 Lorsque j'en avais réellement assez entendu, je fermais les yeux et faisais mine de dormir.

    Mais ce jour-là, contrairement à l'habitude, je dévorai ses propos car elle venait de m'apporter sur un plateau la pièce manquante du puzzle ; le moteur de la machine :
ma première page !

    Discrètement je me renseignai sur le lieux et dates de ces ventes publiques. Mon intérêt parut la ravir et je crois pouvoir dire que, pour une fois, ma cousine passa un agréable moment en ma compagnie.

    Après son départ, tout en savourant son repas, je réfléchissais à un plan d'action pour pouvoir visiter le plus tôt possible cet endroit inconnu.

    Le jour J, je découvris avec stupeur que la chose se révélait plus facile à penser qu'à faire. Je ne sortais plus depuis belle lurette et l'extérieur m'était devenu étranger. On me livrait mes courses et la concierge s'occupait de mon ménage ainsi que d'autres menus services.


     Mes rares déplacements se limitaient aux aller-retours en ambulance lorsque mon état le nécessitait.

Je l'avais désiré ainsi depuis que j'étais cloué dans ce fichu fauteuil :un repli total sur moi-même. Alors demander d'un coup à ce vieux corps endormi qui se décharnait un peu plus chaque jour, de faire tourner les roues de cet engin diabolique sur le trottoir encombré et trop étroit n'était pas mince affaire.


    Contraint par les obstacles à demander le l'aide, je tombai pour finir sur une âme charitable qui me proposa immédiatement de me conduire jusqu'à la salle des ventes et ce fut un véritable soulagement.

    Une fois parvenu à bon port je respirai un grand coup avant d'entrer. D'office je fus assailli par un mélange d'odeurs franchement désagréables : émanations de sueurs, de moisi, de poussière, d'eau de toilette bon marché et de tabac froid.

    Puis dans la pénombre je distinguai les dos : un barrage de dos en fait, à travers lequel il me fallut trouver le courage de m'enfoncer. Lorsqu'enfin j'eus franchi cette barrière humaine, je pus avoir une vision plus claire du fruit de leur curiosité : quelle déception !!!

ILS ETAIENT VENUS POUR CA !

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Par Katara
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Lundi 26 février 2007


Les contes de la valise ou : histoires de folies très ordinaires.

INTRODUCTION : La salle des ventes, suite...

    Un étalage d'objets hétéroclites, plus ou moins vieillots, usés, voire crasseux   
 Un ramassis digne de nos poubelles me semblait-il et l'on en débattait le prix à corps et à cri dans un brouhaha impensable.

    J'avais imaginé une vente noble d'antiquités, de pièces rares et reluisantes mais je me retrouvais dans une braderie bas de gamme organisée apparemment au profit d'une clinique privée spécialisée.


    Je me sentais dupé. Pourtant il me fallait rester pour observer et m'imprégner de l'atmosphère : comprendre parfaitement le déroulement des choses pour pouvoir par la suite la retranscrire fidèlement sur le papier.


     Je détaillai mes voisins proches. Certains d'entre eux semblaient être de vrais professionnels. D'autres, de simples curieux.

    Un couple retint plus particulièrement mon attention car la jeune femme était d'une beauté singulière : tenue décontractée mais beaucoup de classe dans le maintien, cheveux auburn déployés librement sur les épaules, un mélange subtil de sophistication et de sauvageonne.
     Lui, de toute évidence en semblait éperdument amoureux. Déjà mon esprit d'auteur s'ingéniait à leur donner le premier rôle de mon nouveau roman.

  
     Soudain, elle tendit le doigt vers le stand. Il suivit son mouvement des yeux et je vis un sourire radieux illuminer son visage.

    A mon tour je cherchai l'objet qui pouvait ainsi susciter tant d'émotion parmi les lots mis en vente. Mon regard fut imméditement happé par ce petit bagage d'un autre siècle, en cuir taché et dont les fermoirs cuivrés paraissaient ternis par le temps.

    Jamais je ne saurai expliquer ce qui se passa alors dans mon esprit en l'espace d'un quart de seconde. L'envie, le désir, l'avidité de posséder cet objet avant quiconque et tant pis pour le jeune homme brun aux allures sympathiques.
    Mon bras s'était levé tout seul et s'agitait frénétiquement de peur que le commissaire priseur ne le voit pas.

    Il y eut peu de surenchères finalement et à ma grande surprise la sacoche me fut attribuée pour une somme dérisoire sans que le couple d'amoureux n'ait prit part à la vente. Une heure après mon arrivée je repartais épuisé, le vieux sac calé sur mes genoux, sans avoir rien compris à mon attitude.

    Il y a des événements comme cela dans la vie, imprévisibles et incompréhensibles. Comme une sorte de folie passagère à laquelle se livre votre esprit sans vous demander votre avis. Et parfois les choses s'enchaînent vous menant bien plus loin que vous n'auriez pu l'imaginer.

    Juste avant de ressortir de la salle des ventes je tournai la tête pour jeter un dernier coup d'oeil à l'ensemble. A quelques mètres de moi la femme rousse et l'homme brun se tenaient à présent par la main et me regardaient m'éloigner l'oeil attendri. Ou peut-être était-ce une expression sardonique ? Qu'est-ce que ce vieil infirme avait eu besoin d'acheter cette antique valise ? C'était plutôt comique.

    Cependant j'étais heureux de cette acquisition, euphorique même comme si je venais de remporter une victoire en arrachant cet objet usagé des griffes de tous les gougnafiers assemblés là.
    La nuit tombait déjà lorsque j'atteignis mon refuge. Je m'enfermai à double tour après avoir essuyé un flot de reproches de la part de Mme Sens,  concierge de son état, puis je posai ma trouvaille au milieu de la table, sous la lumière crue.


    A présent, j'avais tout le loisir d'étudier cette peau tannée et tachée comme la main du vieillard qui osait à peine la caresser. Le contact en était pourtant agréable, velouté, doux et soyeux comme une peau de femme.


    Immédiatement il éveilla en moi un très ancien souvenir. J'ouvris maladroitement les fermoirs pensant laisser échapper une odeur de renfermé et grande fut ma surprise lorsque les effluves de lavande caressèrent mes narines.


    Tout au fond du sac gisait un petit mouchoir lacé par un ruban de velours vert, formant un petit sachet qui embaumait la Provence. Dessus on pouvait y lire les initiales J.R brodées à la main.

    Ma contemplation fut stoppée nette par l'arrivée intempestive de madame Sens, apportant le repas du soir.


Je la remerciai et lui fis part de mon intention d'écrire mon nouveau livre.Je lui demandai donc de veiller à ce qu'on ne me dérange sous aucun prétexte ces quinze prochains jours. Après avoir mangé, je posai près du sac un tas de feuilles vierges.


    Puis je gagnai ma chambre pour sortir de la commode une ancienne boite à gâteaux.

 Je la ramenai religieusement sur la table et demeurai un long moment prostré avant de l'ouvrir les mains tremblantes. J'avais un peu le sentiment de profaner une sépulture mais je savais intuitivement qu'il me fallait en passer par là.

    Mon émotion fut à son comble lorsque un par un je posai près du sac les objets qu'elle contenait.


    Ma vie entière se résumait là : les jours heureux de ma jeunesse, l'amour passion puis la désillusion.

    Je les détaillai un par un, sans faillir, rassemblant mes souvenirs puis, soudainement, gagné par un calme olympien je me mis à les ranger dans la sacoche aux relents de lavande : la photo jaunie noire et blanche de la femme de ma vie  sa bouteille de parfum entamée ; son foulard de soie blanche ; un vieil article de journal que j'avais relu ;un dessin au crayon à papier d'un cordonnier dans son échoppe ; une édition du nouveau testament et psaumes d'un temps passé et une très ancienne partition de jazz.
   
    Je ne gardai près de moi que le paquet de lettre enrubannées auquel je n'avais pas besoin de toucher.
    Ma mémoire en gardait le contenu intact, ligne parligne, mot par mot et cette lecture m'avait déjà assez souvent brisé le coeur.


Ma décision était prise, au diable ce roman de gare... Tant pis pour mon éditeur. J'avais une tâche à remplir bien plus importante. Le temps était venu car il m'était compté de tenir une ancienne promesse.

La petite valise une fois refermée j'empoignai mon crayon et commençai à écrire sans plus me poser de question :

"Les Mystères de la valise"
par
Etienne Parès...


Par Katara
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Lundi 5 mars 2007


Les contes de la valise : suite...

Chapitre Premier : Paul Marsac, écrivain.

    Installé sur mon banc favori dans le parc en face de mon immeuble, mes doigts tambourinaient en cadence la jaquette du livre neuf que venait de me remettre mon éditeur : "le roi de Karfadec", traitant de l'histoire d'un gentleman pirate au grand coeur.

    Dans l'ensemble j'avais tout lieu d'être satisfait. Les ventes s'annonçaient une fois de plus lucratives et j'avais déjà en poche le contrat pour la "Saga des Bradfordd", prévue en deux tomes à paraître sur deux ans.

    En d'autres temps j'aurais couru annoncer la bonne nouvelle à mon cercle d'amis artistes, partager quelques bouteilles avec eux avant de m'écarter de la piste des mondanités pour me transformer en rat de bibliothèque, soucieux d'étayer mon histoire par un contexte historique et géographique sans faille.

Oui, mais voilà... Je me contentais de rester là à contempler stupidement le feuillage printanier en me demandant pour lé énième fois à quoi rimait ce rythme de vie de zombie, tantôt peuplé par les fantômes de mon esprit avec lesquels je cultivais l'art de dialoguer,tantôt encombré de gens exubérants  bien réels ceux-là, brillants et creux pour la plupart, roulant de concert sur la piste des mondanités parisiennes.

Un sentiment étranger de vide et de dégoût s'insinuait en moi depuis plusieurs semaines déjà, m'interdisant toute écriture et me poussant à fuir cette agitation stérile et dérisoire. Ce n'était pas le syndrome de l'angoisse de la page blanche...

Le roman à venir m'habitait depuis longtemps et j'adorais l'idée de me plonger dans l'histoire Irlandaise passée.

    Peut-être l'approche de la quarantaine ? Non, cela je refusais de l'admettre. Il y avait bien autre chose qui transparaissait derrière la fatigue latente, l'incapacité à trouver le sommeil et à travailler. A force de me projeter dans tous ces autres, hommes fictifs, matures, bien dans leur peau, je finissais par n'être plus que l'ombre de moi-même.

    Le médecin consulté m'avait fait diverses propositions passant par le Prozac et la psychanalyse, suite à un check-up complet qui révélait un organisme en parfaite santé.
   
    L'option cachets me dégoûtait par avance. Quant à l'abonnement au divan, non, vraiment, je ne me sentais pas attiré. Ecouter, analyser, enregistrer, c'était un peu mon rayon d'action... de toute manière je n'étais pas bavard de nature.

Il me restait la solution du repos complet. Le changement de climat avec un dépaysement total qui me permettrait peut-être enfin de me retrouver face à moi-même sans faux-fuyants.

    J'avais déjà dans l'idée ma destination.

    Elle apparaissait comme une évidence au milieu de la cacophonie citadine... Une cicatrice en fait, jamais bien refermée : un retour vers des racines inconnues, perdues au fin fond du Cantal, dans un orphelinat dont je gardais une trace amère malgré la gentillesse des "Soeurs de la Compassion".

    La blessure muette aux multiples photos souvenirs, un peu floues, déformées et le goût prononcé déjà pour se raconter des histoires.

    Dix années à partager la tendresse de Mère Angélique avec mes petits compagnons et à compter les saisons au milieu de bataille de boules de neige endiablées avant que d'inespérés parents adoptifs, aujourd'hui décédés, ne m'emmènent à Paris vivre une vie meilleure.

Je devais faire face à ce moi-même et cesser de fuir mes origines douteuses. Cela m'aiderait peut-être enfin à m'organiser une vie intime constructive et épanouissante avec une compagne à mes côtés.

    Car le noeud du problème se trouvait là : mon incapacité à cultiver une relation stable avec une femme. Mes déesses de papier ne suffisaient plus à combler ma vie quotidienne.

Partir, oui, et le plus vite serait le mieux. Et puis pourquoi pas casser aussi mes habitudes de vieux garçon pantouflard et trouver dans cet ailleurs un havre de paix où se réconcilier avec cet orphelin que j'avais été ?

L'idée d'acheter une maison me trottait dans la tête depuis un long moment déjà et en T.G.V l'Auvergne n'était pas si loin de Paris.

Une journée me suffit à boucler ma valise et à étudier avec soin mon itinéraire que je préparai comme un roman d'aventure..

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Par Katara
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Lundi 12 mars 2007


Les contes de la Valise, suite...

Chap 1 : Paul Marsac Ecrivain, suite...

    Mon périple devait commencer aux portes de Massiac, à l'entrée du Cantal. Je suivrais ensuite les gorges de l'Alagnon et j'espérais trouver un hôtel à quleques lieues de Murat, m'y installer et prospecter tout d'abord cette région.

    Pour une fois que je m'accordais du temps, je comptais bien le mettre à profit pour découvrir les merveilles que cette contrée aurait à m'offrir.
Tout cela m'excitait fortement par avance.
    On était loin de mes voyages imaginaires, dans les encyclopédies ou sur Internet.

    Je dénichai l'auberge rêvée du côté d'Allanche. Un peu austère, soit, sans prétention mais parfaitement adaptée au budget que je m'étais alloué.

     Mon arrivée n'y suscita aucune émotion particulière. Ici on avait déjà vu passer plus d'un touriste. Les restaurateurs, bien qu'un peu réservés, se montrèrent très vite cordiaux, m'indiquant volontiers les sites à visiter dans l'arrière pays.

    Je respirai enfin et surtout j'avais retrouvé le sommeil sans somnifère.
    Je passai de longues journées à marcher et à ma vider la tête.

    Au bout d'une semaine, enchanté par les paysages et l'atmosphère des lieux, je m'aventurai à questionner l'aubergiste sur d'éventuelles acquisitions à faire dans la région.
    Sans hésiter il m'indiqua un lieu dit : " la maison des bois" située précisa-t'il à la sortie d'un hameau perdu dans la montagne mais facile d'accès.

    En ce point il devait avoir raison, les routes bien que très sinueuses et étroites n'étaient pas mauvaises. Le véritable problème résidait plus dans le manque de signalisation et la difficulté à trouver des personnes pour vous indiquer le chemin.
    Après m'être perdu à plusieurs reprises et avoir du affronter l'obstacle que représentait le demi-tour sur route de montagne, je finis quand même par découvrir l'endroit, au détour d'un sentier caillouteux auxquel seuls mes jambes permettaient l'accès.

D'emblée je fus saisi par l'atmosphère lugubre qui régnait là :  une ruine formée de trois murs éboulés en partie, noyée dans la masse sombre d'un bois de sapins.

    Le quatrième pan de la demeure semblait avoir volé en éclat sur l'avant comme "projeté" et au milieu des décombres gisait, pathétique, la charpente enchevêtrement de poutres calcinées.

    Indices évidents d'un drame passé qui stimulait mon imagination. Alors que je m'amusais à en créer la trame, une voix masculine, à l'accent titubant stoppa net le cours de ma pensée.    

    Un homme s'était arrêté à ma hauteur et tout en cherchant un semblant d'équilibre il désignait le spectacle du doigt en marmonnant :

- C'ti pas malheureux tout'd'même , c't'affaire là !
Puis d'un ton plus rauque où l'on sentait poindre un émoi sincère, il ajouta avant de cracher par terre :
- C'est la maison de c'pauv' Yvon le fou... C'te baraque là tiens, rien qu'du malheur !
    Je demeurai contemplatif, hochant silencieusement la tête, technique qui bien souvent amorçaient les confidences.

    Alors le vieux bonhomme à la face rougeaude, au seuil de l'ébriété et probablement en mal de compagnie se lança dans la narration d'une histoire que je recopiai le soir mêmeet qui serait pour moi le début d'une longue série d'interrogations.


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Par Katara
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Lundi 19 mars 2007


Les contes de la valise ou histoires de folies ordinaires, suite...

Chapitre 2 : Yvon le fou

    Ses parents l'avaient prénommé Yvon.

    Bien plus tard, on le surnommerait : Yvon le fou.


    Un garçon ordinaire, ni plus ni moins; Un de ces petits maigres, secs et nerveux au visage taillé à coups de serpe, dont la force insoupçonnée se love dans les muscles félins de la fine charpente osseuse.

    Né dans ce petit hameau du Cantal, coincé à l'aplomb des grands Monts, il entrait sans histoire dans le milieu de l'adolescence, tranquillement, au rythme des moissons.
    On pouvait dire qu'il avait eu de la chance car il était né dans une famille "de biens" qi possédait une scierie sur le chemin de la ville.

    Depuis toujours il y apprenait le métier comme son père et son grand-père avant lui. Cet état de fait semblait lui convenir. Il ne se posait pas de questions inutiles.
    Et puis le drame était survenu : brutal, sans préavis et sous ses yeux qui plus est :
le père happé par la machine et broyé sans qu'il ne puisse rien faire d'autre que regarder le massacre et entendre les hurlements de douleur.
Sa mère, peu après, était morte de chagrin.

    Deux deuils successifs qui vous chavirent un homme immature. Quelque chose dans le regard noir et perçant avait changé. Une petite lueur imperceptible qui aurait peut-être interpellée une personne avisée, prémice d'une transformation intérieure bien plus profonde.

    Recueilli par son grand-père, vieux montagnard endurci
que l'on disait volontiers avaire et dur à la tâche, Yvon grandit et devint un homme auprès de cet être sans grande méchanceté mais totalement incapable de témoigner aucun signe visible d'affection.


    A sa mort, il hérita d'une scierie en perte de vitesse et de la maison familiale, richesse inestimable en ces temps anciens.

    Surprenant tous les villageois, le jeune homme effacé avait su reprendre les rênes de l'entreprise et même épousé une fille de la ville que l'on avait vu, sans grand plaisir, investir la maison du grand-père.

    Les langues allaient bon train : combien de temps la citadine supporterait-elle cette vie austère et quasi monacale ?

    Au début du mariage, à chaque fin de semaine, Yves conduisait la jeune épousée à la ville dans la guimbarde qui servait aussi au transport du bois. Il effectuait du même coup ses livraisons et les commères du village critiquaient sa femme, qui, non contente de s'abstenir d'aller à la messes, boudait également l'épicerie du village.


     Le temps passant, du retour des champs, on commença à capter des éclats de voix de plus en plus fréquents dans la demeure ancestrale.

    Yves travaillait d'arrache-pied, mais tout le monde savait que le marché s'essouflait et les affaires se portaient plutôt mal. La vente du bois n'était plus aussi florissante que par le passé. Les choses évoluaient et les cris se transformèrent vite en hurlements perçants.


    La scierie commença à licencier et la furie,comme on se plaisait à la nommer ici, plia définitivement bagages. D'aucuns pensaient que ce n'était pas plus mal pour le mari et pourtant c'est à ce moment-là, semble-t'il qu'Yves avait basculé dans un autre univers.

    L'entreprise fermée, il descendait de nouveau à la ville toutes les semaines avec la camionnette, le soir cette fois, mais sans aucun chargement. Il en revenait tôt le matin, l'arrière bâché, et il en déchargeait discrètement le contenu dans la maison.

On commença à s'interroger autour de lui.

    Dans la journée, en après-midi, il se rendait à la scierie et les villageois étaient bien en peine de mettre un nom sur le bruit des machines qui s'en échappait ni d'en comprendre l'utilité.

    L'inévitable arriva : acculé à la faillite, Yves dut se résoudre à vendre à la fois l'entreprise et la maison pour s'acquitter de ses dettes. Tout le monde le plaignait pesant la perte de ce patrimoine.


C'était un peu comme abandonner une partie de son identité.

    L'affaire en cours de liquidation, il eut la chance de pouvoir négocier l'ancienne bâtisse des Duclos, située à l'orée du bois, en retrait du hameau, sur un sol inculte.

    La veuve s'en séparait pour rejoindre sa fille à la ville. C'était un petit buron, guère entretenu, dont le toit ne valait plus grand-chose. Mais notre homme n'avait guère le choix et il s'en contenta, commençant son déménagement.
    Personne n'aurait pu imaginer qu'il prendrait la décision de transbahuter tout le fatras accumulé dans ses deux anciens biens mobiliers.

    C'était folie que de vouloir entasser ainsi dans cette cahute ce qu'il avait amassé au cours de sa vie.

    Folie, le mot était lancé et il commençait à circuler d'une bouche à l'autre au hasard des rencontres, de la boucherie à la boulangerie en passant par la place du marché...

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Par Katara
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Lundi 26 mars 2007



Les contes de la valise ou histoires de folies très ordinaires, suite...

Chapitre 2 : Yvon le fou  suite.

    Du même coup on s'interrogeait sur la valeur de ces biens que déplaçait la vieille guimbarde en dégageant une fumée noire et nauséabonde.
 

    Evidemment, elle finit par rendre l'âme et c'est à l'aide d'une poussette, sortie d'on ne sait où, qu'Yvon le fou termina son déménagement.

    Bien qu'admiratifs et aisément complaisants, aucun de ces "bons" chrétiens n'avaient songé à lui prêter mains fortes.
     C'était la fin de l'été, on était en pleine moisson et le temps de chacun s'en trouvait compté.

     D'autre part, il n'avait rien demandé non plus à personne. Son orgueil forçait le respect et les vieux d'ici trouvaient normal de vouloir conserver coûte que coûte son patrimoine, reflet du passé familial ; les objets qui avaient acquis une âme au cours des siècles, veillant sur nos naissances et sur nos morts, nous sécurisant par ce côté affectif que le modernisme ne réussissait plus à transmettre.


    Grande fut la stupeur et la confusion lorsque, au cours d'un de ces voyages très encombré, la poussette bascula, dévoilant au regard la majorité de son contenu : il ne s'agissait en aucun cas de son héritage !


    Etalé sur le chemin, on pouvait reconnaître le détail honteux des poubelles de tout un chacun : un réveil cassé, un vieux fer à repasser tout rouillé, une jante de voiture, des gamelles en ferraille trouées...


    Bref, un ensemble d'objets hétéroclites et parfaitement inutilisables dont on ne pouvait imaginer l'usage actuel.

    On avait honte pour lui et du même coup le village entier se sentait floué.
    Informé, Monsieur le curé suggéra l'idée d'une orientation de ferrailleur. Mais, très vite, l'hypothèse se révéla fausse.

     Le facteur racontait qu'Yvon travaillait sans relâche devant sa maison, clouant, tapant, soudant et que de temps à autre émergeaient sur le terrain d'étranges constructions géantes composées de ce ramassis d'ordures.


    Yvon le fou créait.


    Mais personne au village n'était en mesure d'en comprendre le sens profond.

    Une fois par mois, il descendait à pied à la ville, toujours semblait-il pour les mêmes motifs. Il lui fallait bien deux jours pour faire l'aller-retour et seule une antique sacoche de cuir ramassée évidemment sur le trottoir, lui servait de moyen de transport pour ses dernières trouvailles.


    Souvent Monsieur le curé ou le boulanger le ramassait sur la route pour le ramener chez lui.

    L'automne s'était annoncé de bonne heure par des orages violents mais la maison des bois était restée telle que notre homme l'avait achetée.

    Il n'y avait effectué aucune réparation et les gens se lamentaient sur l'état du toit de lauzes meurtri par des années d'abandon.


    Cela finirait mal. Tout allait pourrir là-dessous mais le fou s'obstinait à oeuvrer silencieusement, entièrement absorbé par sa lubie.
    A la veillée on s'interrogeait sur cet hiver à venir qui promettait d'être vigoureux. Et l'on se demandait surtout comment Yvon allait bien pouvoir se nourrir et se chauffer sans travailler.

    En croisant ce clochard dans les ruelles sombres et étroites, la nuit venue, fouillant frénétiquement dans les poubelles, on l'imaginait aisément vivant dans ces lieux, comme un chien errant.

    Pour comprendre il aurait fallu le voir agir, le fer à souder à la main, exalté et enfin débarrassé des fantômes du passé. Yvon le fou était un homme libre et heureux, à sa manière. Mais il était bien le seul à le savoir !

    Avec le temps, l'image de cet homme traînant régulièrement sa vieille sacoche de cuir tannée finit par devenir familière et l'on cessa de se questionner.


    La cinquième année, une nuit d'Octobre, le village entier fut réveillé par un grand coup de tonnerre.

    Puis, de l'orée des bois, la lueur des flammes jaillit et éclaira le ciel. On comprit alors qu'il n'y avait pas d'orage et la population complète se précipita sur le lieu du drame au battement répété du marteau de la cloche de l'église.

    Hébétés, vêtus à la hâte, on se croisait en se faisant passer le mot :
"c'est la maison d'Yvon qui brûle" !

    Les villageois au grand complet se retrouvèrent à l'aube, serrés frileusement les uns contre les autres, contemplant la dépouille de la ruine fumante, le toit effondré et le mur de devant éparpillé dans le jardin au milieu des statues de ferrailles renversées...

    Mais, ce qui retenait par-dessus tout l'attention générale, c'était la fameuse sacoche de cuir, miraculeusement intacte, apparemment projetée par l'explosion et juchée sur un monticule de pierres à quelques mètres de là, seule rescapée du désastre... dernière image que l'on pouvait encore associer au défunt.

    L'enquête conclut à un accident.


    Le journal de la ville consacra un article à l'artiste disparu et c'est ainsi que les paroissiens apprirent avec stupéfaction qu'ils avaient vécu auprès :

"d'un être de grand talent, sans prétention, dont l'oeuvre commençait à peine à se faire connaître...
Une âme sensible meurtrie par une tragédie familiale, qui fuyait la société et ses contemporains.
Homme délicat dont les drames personnels vécus avaient donné à son oeuvre une profondeur et un réalisme vibrant."

Le journaliste concluait en laissant planer le doute sur l'origine de l'accident :

"...pour qui connaissait Yves Fargès : son excentricité, son comportement imprévisible, associal et étrangement versatile, on pourrait penser qu'il s'est volontairement donné la mort en laissant ouvertes les bouteilles de gaz de son fer à souder..."

La vie reprit son cours et la nature ses droits sur la maison des bois.

...

Par Katara
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Lundi 2 avril 2007



Les contes de la valise ou histoires de folies très ordinaires...

Résumé :
Suite à l'achat d'une vieille sacoche en vente aux enchères, un écrivain âgé et handicapé se lance dans l'écriture de son dernier roman. Aux travers de ses lignes nous découvrons un jeune écrivain Paul Marsac qui, vivant mal le tournant de la quarantaine, part en voyage pour trouver une maison dans le Cantal. Lors de son premier arrêt il découvre les ruines de la maison d'Yvon le fou, artiste original, décédé dans l'explosion de sa demeure.


Chapitre 3 : la découverte de Salvahnac.

    Le silence m'avait ramené à la réalité.

    Le cantonnier s'en était allé comme il était venu et mes questions survenaient trop tard. Qu'était-il advenu de la fameuse sacoche, compagne des dernières heures de ce grand incompris ?

    Le froid s'insinuant dans mes vêtements je fus parcourus par un grand frisson. Etrangement mon histoire personnelle se reflétait dans la vie d'Yvon le fou, mais pas au point, en tout cas, de racheter sa maison !!!


    Je repartis en songeant qu'il me faudrait trouver ailleurs la demeure idéale.

    Je repris donc mon pèlerinage, dépassant Murat et stoppant deux jours à Super-Lioran, au pied du Plomb du Cantal. Les paysages étaient enchanteurs mais la station en elle-même offrait un aspect bien trop touristique à mon goût.

    D'autre part, ici, émergeaient des souvenirs d'enfance dont le flot continu me faisait presque suffoquer.


    J'avais appris à skier dans ces lieux, avec mes camarades. Il y avait non loin de là une maison de vacances que les soeurs, à l'époque, louaient une fois l'an pour passer Noël... Nos vacances de petits orphelins... Nous avions de la chance finalement !

  
     Mais les lieux s'étaient transformés et ne ressemblaient guère au Cantal d'antan. Là où j'avais connu une nature riche et féconde, on avait tracé une multitude de pistes de ski, saccageant la forêt au profit de l'économie de tourisme.


    Je ne m'attardai donc pas, écoeuré et traçai la route jusqu'à Vic sur Cère.

     Le coup de foudre pour cette bourgade fut immédiat et je cherchai immédiatement un hôtel où poser mes bagages avant de trouver le cabinet du notaire et d'y prendre rendez-vous pour le lendemain même.


    Je ne souhaitais pas passer par une agence immobilière. Le climat qui y régnait en général et l'attitude par trop commerciale des employés me rebutait complètement.


    Dès 10 heures le lendemain, je me présentai donc à l'étude de Maître Bompard qui m'accueillit, jovial, dans son vieux bureau sombre et poussiéreux.

    Je sentais cependant derrière cette bonhomie affectée un brin de suspiscion.


    Je m'empressai donc de lui expliquer que j'étais un enfant du pays souhaitant un retour aux sources. Je le sentis se détendre.     Malgré tout il fut au regret de m'annoncer qu'à part quelques ruines haut-perchées, il n'y avait pas à sa connaissance, de maison à vendre sur le secteur au demeurant très recherché par les touristes.


    Navré, je lui laissai mes coordonnées à l'hôtel où je comptais séjourner une quinzaine de jours. Je m'organisai dans la semaine qui suivit plusieurs circuits d'excursion et profitai du grand air ainsi que des produits gastronomiques régionaux, inépuisable source de régal pour moi incorrigible gourmand.

    Un soir, dans un de ces petits restaurants où j'étais déjà allé à plusieurs reprises, j'entamai une discussion endiablée avec le serveur fan de lecture.


     C'était inattendu et plutôt sympathique.    
    De fil en aiguille, je lui contai mes péripéties et ma déception de ne pouvoir m'installer définitivement dans la région. Il appela aussitôt le patron en cuisine :


- Dites-donc, chef, à Salvahanac, il n'y aurait pas une maison à vendre ? Il me semblait bien que la veuve Bouchard avait quitté le pays ?

Le cuistot acquiesça :

- C'est ma tante qui va entretenir la maison deux fois par mois. Sur qu'elle n'y met plus les pieds Roseline, mais je ne sais pas si elle désire vendre... Elle reste à Aurillac, au-dessus de la boulangerie à ce qu'on m'a dit. C'est plus pratique pour une vieille dame comme elle.
Pourquoi ? Vous seriez acquéreur Monsieur ?

Je haussai les épaules :

- Il faut voir... Cela dépend de l'emplacement de la maison. C'est loin d'ici ?

- Pensez-vous ! Salvanhac c'est comme qui dirait le faubourg de Vic-sur-Cère ! Mais ça reste un petit village sans commerce.
     Par la route, à pied, en un quart d'heure vous êtes rendu... Quant à la maison, c'est un petit bijou. Il faut dire que la Roseline l'avait drôlement fait arranger en son temps. Ca vous dirait de voir ?
    On peut demander à ma tante de vous faire jeter un oeil... Il n'y a pas de mal, elle passera un coup de fil à madame Bouchard pour lui demander l'autorisation.


    J'avais bu beaucoup de côte d'Auvergne et cette perspective me transportait d'enthousiasme. Je convins d'un rendez-vous avec le restaurateur et sortis dans la nuit fraîche. Le ciel était particulièrement clair et étoilé. 

 Je me sentais bien trop excité pour dormir et il me vint à l'idée qu'une petite marche ne pourrait que m'être salutaire.


    On m' avait fort bien expliqué la direction pour aller à Salvahnac.
     Chemin au demeurant très facile à trouver. Je passai devant un camping désert en cette saison et entamai à pas légers ma promenade sur une petite route sinueuse et étroite au milieu des champs aux courbes vallonnées.

    J'apercevais grâce au clair de lune le village endormi au loin. Dès l'entrée mes narines furent agréablement surprises par l'odeur du feu de bois.

    Les maisons se tassaient les unes contres les autres comme pour se réchauffer. Le chef m'avait dit de prendre à droite, sous le pont de chemin de fer et de dépasser le four à pain. Là, un peu plus loin, sur la gauche, je verrai la grille d'entrée.


    De nuit évidemment, même avec l'astre éclatant, il était difficile de se faire une idée précise. Mais tout de même, l'emplacement et le village me plaisaient . C'était déjà quelque chose. Les volets clos de la demeure, àl'extérieur, faisaient face à la montagne.

     Sur le chemin du retour, je partis dans une sorte de rêverie, me projetant dans un avenir proche, assis à mon bureau, contemplant de ma fenêtre cette nature offerte...

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Par Katara
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Lundi 9 avril 2007



Les contes de la valise ou histoires de folies très ordinaires...

Résumé :
Suite à l'achat d'une vieille sacoche en vente aux enchères, un écrivain âgé et handicapé se lance dans l'écriture de son dernier roman. Aux travers de ses lignes nous découvrons un jeune écrivain Paul Marsac qui, vivant mal le tournant de la quarantaine, part en voyage pour trouver une maison dans le Cantal. Après la découverte de la maison d'Yvon le fou, il arrive à Vic sur Cère et doit visiter une maison à Salvanhac.


Chapitre 3 : la découverte de Salvanhac, suite

Ma nuit fut courte et agitée.

A l'heure convenue, suite au coup de téléphone confirmant le rendez-vous, je partis à la hâte à la rencontre de la tante du cuistot.

Je la retrouvai à l'entrée de cette petite fermette qui allait s'avérer être merveilleusement restaurée. Je sus immédiatement que ce lieu était fait pour moi.

 

De la rue, elle semblait ordinaire et avait conservé son caractère rustique. Mais, passée la grille, on tombait sur une longère rallongée en angle par une dépendance transformée en véranda. Les fenêtres élargies donnaient toutes sur le jardin, afin d'accentuer la luminosité des pièces. Ainsi éclairées, elles paraissaient spacieuses et conviviales.

Encore meublée, il y avait là une touche de simplicité rustique et campagnarde cotoyant toute une foule de bibelots précieux (porcelaine de chine, statuettes de bronze, dessins et peintures de maîtres de toute évidence originaux !)

Le choix des couleurs et des tissus trahissait un penchant certain pour le luxe raffiné.

Dans le jardin, curieusement, même mélange subtil de fleurs sauvages poussant en tous sens au milieu de plantes sophistiquées. Un déluge de roses et de grimpantes partait à l'assaut de la véranda. Une harmonie du déséquilibre en quelque sorte...

 

L'air exhalait des odeurs fortes d'encaustique et, dans la cuisine d'antan préservée, un relent sucré de confitures...

 

Dans une des chambres, probablement la plus exotique, je décelai l'effluve d'un de ces grands parfums de femme : le n°5 de Chanel...


Il planait ici comme une incohérence...
Un mystère...

Il m'était facile d'imaginer madame Veuve Bouchard, boulangère de son état, ramassant ses fruits dans le verger en tablier à fleurs et surveillant, les joues rubicondes, la cuisson de ses confitures dans le chaudron de cuivre.

Cette même femme à genoux, sur des patins, encaustiquant vigoureusement le parquet de chêne.

     Mais, comment entrevoir la transformation miraculeuse de cette parfaite petite ménagère à la vie simple et routinière en cette délicieuse créature, parcourant les pièces nimbée de Chanel et s'exaltant à l'écoute de ces nombreux disques d'opéra aperçus dans le salon ?

Ou, mieux encore, feuilletant du Proust ou du Rousseau, frileusement pelotonnée dans le grand châle en soie abandonné sur le rocking-chair devant la cheminée du salon ?

Ue chose était certaine, cette femme-là, n'avait rien d'ordinaire et sachant qu'elle était d'accord pour me rencontrer, j'organisai le rendez-vous au plus vite.

Je souhaitais avant tout lui plaire car mon intuition me dictait que la vente dépendrait avant tout de la relation qui s'établirait entre nous. 

A Paris, les choses se seraient déroulées différemment : j'aurais avancé un chiffre conséquent, et tout se serait passé très vite.


        Ici, il en allait autrement. Je devrais séduire la vieille dame et si ce que je pressentais d'elle se révélait exacte, il me faudrait jouer cartes sur table.

Peu importait, la demeure de Salvahnac m'avait bel et bien envoûtée et tant pis pour les conditions à venir...


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Par Katara
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Vendredi 13 avril 2007


Les contes de la valise ou histoires de folies très ordinaires...

Résumé :
Suite à l'achat d'une vieille sacoche en vente aux enchères, un écrivain âgé et handicapé se lance dans l'écriture de son dernier roman. Aux travers de ses lignes nous découvrons un jeune écrivain Paul Marsac qui, vivant mal le tournant de la quarantaine, part en voyage pour trouver une maison dans le Cantal. Après la découverte de la maison d'Yvon le fou, il arrive à Salvanhac où il décide d'acheter une maison  mais pour ce faire, il doit d'abord rencontrer la propriétaire.


Chapitre 4 : Madame Veuve Bouchard.
 

 

Madame Bouchard habitait un de ces anciens quartiers d’Aurillac, dans le cœur de la vieille ville, juste au-dessus de la boulangerie, m’avait-on dit.

J'avais trouvé la rue mais pas la moindre trace de la boulangerie.
 

    Je demeurai donc planté là, perplexe, sur le trottoir, contemplant ce couloir de maisons hautes à colombage, me désolant par avance de ce retard qui ne manquerait pas de faire mauvaise impression. C’est alors qu’une giclée d’eau savonneuse aspergea vigoureusement mes chaussures et mon pantalon jusqu’aux genoux.

Une ménagère venait de faire une apparition éclair sur le pas de sa porte, deux mètres plus haut balançant vigoureusement ses eaux sales de ménage ! 

Elle s’excusait, confuse de sa maladresse et j’en profitai pour lui demander si elle connaissait l’emplacement de l’ancienne boulangerie.

Son acquiescement fut immédiat :

- Bien sur, tenez, c’est à deux pas, là-bas sur la droite.
Mais maintenant c’est un fleuriste... Regardez bien, on voit encore les traces de l’enseigne sur la façade. On vous aura mal renseigné au moins ? On l’a assez regretté dans le quartier le père Bouchard... Y a pas à dire, il connaissait son métier. Du pain comme le sien, on n’en trouve plus de nos jours. Et puis, un brave homme avec ça, gentil et honnête.
 

J’étais tombé sur une de ces commères de quartier. Tant pis pour le retard. J’essayai de glaner sur la veuve quelques renseignements supplémentaires. Le visage de la femme se plissa de dédain :

- Ha ! La Roseline ! Pour sur qu’elle reste là maintenant. On se demande bien pourquoi d’ailleurs...Avec tout le mal qu’elle traîne derrière elle... Une drôle de femme vous voyez, pas du genre à être née à deux pas d’ici. Enfin, c’que j’en dis... Paraît qu’elle va pas fort...  On n’a que ce que l’on mérite sur cette terre, pas vrai ?

Bein, c’est pas l’tout mon brave monsieur mais j’ai mon repas sur le feu moi. Désolée pour le pantalon.

Elle me quitta sur un ménagez-vous de courtoisie, me laissant pantois face à ces propos fielleux qui me dépeignaient une nouvelle Madame Bouchard, plus ou moins femme de mauvaise vie détestée ou peut-être simplement enviée ?

L’un allant rarement sans l’autre.

Un lointain clocher me rappela à l’ordre. Je hâtai le pas en tapant des pieds, espérant ainsi égoutter le bas de mon pantalon dégoulinant.

Pour accéder à l’appartement, il me fallut pénétrer dans un couloir étroit à gauche du magasin. Il s’en dégageait des relents acides d’urine de chat. Au bout, un vestibule miteux desservait un escalier en colimaçon. Des graffitis obscènes en ornaient les murs. 

Je regrettai l’absence de paillasson qui m’aurait peut-être permis d’essuyer en partie mes chaussures. Evidemment, la minuterie de la lumière ne fonctionnait pas et c’est à tâtons que je débutai mon ascension.

Je commençais à penser sérieusement que j’étais dans l’erreur : la femme qui avait résidé à Salvahnac ne pouvait en aucune façon vivre dans ce lieu triste et insalubre ! ! !

Tout en haut, arrivé au dernier palier, le plus obscur de tous, je me trouvai face à une porte toute simple sans inscription. J’hésitai un court instant avant de frapper et comme par miracle, le battant s’ouvrit subitement me plongeant d’un coup dans la lumière. 

Elle se tenait devant moi, la précieuse Roseline, frêle silhouette d’un temps révolu.

C’était Mélusine, la fée de mes contes d’enfant. Celle dont l’âge importe peu ; Femme magique qui vous trouble et dont le charme opère d’emblée.

Un maintien, une distinction et la délicatesse qui l’enveloppaient de la tête aux pieds, auréolée de ce parfum repérable entre tous.

Et moi, benêt, l’idiot du village, paralysé par la limpidité de ses yeux gris perle. Les oreilles et les joues, je le savais, désespérément cramoisies ; la bouche entrouverte bafouillant quelques mots d’excuses pour le retard et l’aspect de mes souliers trempés.

Son regard, suite à mes propos, s’était arrêté sur la petite mare d’eau qui entourait mes pieds et spontanément un rire frais et cristallin envahit la cage d’escalier morbide, dissipant ma gêne. Soulagé, je me permis enfin un fou rire bienfaiteur et c’est ainsi que nous fîmes connaissance. 

 

Avec beaucoup de tact elle me conseilla d’une voix mélodieuse d’abandonner à l’entrée mes chaussures afin d’éviter le coup de froid puis s’éloigna dans le flottement gracieux de sa jupe longue pour aller me quérir des chaussons confortables.
 

Je notai au passage l’éclat du parquet lustré et retrouvai la même odeur de cire qu’à Salvanhac.

Les pieds nus à présent, glissés dans de chaudes mules écossaises, je profitai de sa deuxième sortie consacrée cette fois au : chocolat chaud qui vous fera le plus grand bien, pour étudier dans le détail ce nouvel environnement.


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Par Katara
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Lundi 16 avril 2007


Les contes de la valise ou histoires de folies très ordinaires

Résumé : Après avoir acheté une vieille sacoche aux enchères, un écrivain se lance dans son dernier roman. A travers les pages nous suivons l'écrivain Paul Marsac, qui arrivé à la crise de la quarantaine part dans le Cantal à la recherche d'un havre de Paix. Il pense l'avoir déniché à Salvanhac mais pour acheter cette maison il doit d'abord plaire à la propriétaire Mme veuve Bouchard.

Chapitre 4 : Madame Veuve Bouchard suite et fin.

 

 

Ma première impression fut une certaine déception pour cet intérieur modeste à l’aspect austère et quasi monacal. On était bien loin de l’infinie coquetterie qui m’avait tant charmée dans l’autre demeure.

Ici, la vie semblait s’être figée dans le cadre des quelques photos jaunies rassemblées sur la cheminée. Bien que conscient de mon indiscrétion, je ne pus m’empêcher d’aller les étudier de près.

Il y avait là, c’était facile à deviner au vue de la tenue de boulanger, l’estimé Monsieur Bouchard, la moustache fièrement dressée, droit comme un i, devant la façade alors pimpante de la boutique.

A côté, un cliché de mariage, très simple.

Puis, en retrait, délicatement cerné par un cadre en marqueterie de nacre et d’ivoire, le portrait de mon hôtesse dans sa jeunesse. J’en oubliai d’un coup l’atmosphère morose de la pièce, contemplant ce cou délicat au port noble, voilé par une mousseline blanche flottant au vent. 

Des cheveux de jais, coupés à la garçonne, mettaient en valeur le visage d’ange, extrêmement pâle, au regard mutin et à la moue enfantine.

Elle se tenait telle une princesse, dans une robe blanche fluide, assez courte qui dessinait son corps gracieux, appuyée nonchalamment sur une splendide Delage décapotable.

A ses côtés, la tenant par la taille, une beauté rousse aux formes généreuses et dont l’élégance de la toilette contrastait avec l’expression légèrement vulgaire des traits.
 

Un léger bruit de vaisselle me rappela à l’ordre. Mon hôtesse était revenue, les bras chargés d’un plateau que je m’empressai de lui retirer des mains. 

- Vous avez fait connaissance avec mon univers, nota-t’elle d’une voix qui ne montrait aucun déplaisir.

- Oui, excusez mon indiscrétion. Ce n’était pas très courtois de ma part.

Elle sourit :

- Je ne vous gronderai pas jeune homme. J’arrive à un âge où l’indiscrétion serait plutôt un plaisir ! Et puis vous êtes écrivain m’a-t’on dit ?

J’acquiesçai.

- Alors votre curiosité est pardonnable car j’imagine que c’est un trait de caractère obligatoire dans votre métier...

Elle me désigna le plateau du doigt :

- Servez-vous, ne soyez pas embarrassé. Les gâteaux et la confiture sont faits maison.

Je la remerciai et m’emparai vivement d’une madeleine pour me donner une contenance.

- Je suis navrée, poursuivit-elle, de vous voir aussi mal à l’aise ! Je ne pensais pas être tellement impressionnante ! Dites-moi jeune homme, allons directement au fait... Jeanne qui vous a fait visiter Salvahnac, m’a dit que la maison semblait vous avoir plu énormément ? 

    C’est pour cela que nous nous voyons aujourd’hui... Je désirais vous jauger par moi-même et savoir si cette demeure vous conviendrait et réciproquement.

    Cette démarche peut vous sembler bien étrange mais voyez-vous, je tiens terriblement à tout ce que vous avez visité et je ne voudrais pas laisser ces souvenirs entre des mains, comment dirais-je, indélicates...

Le poids de ses deux prunelles perçantes empreintes cependant de sympathie, m’obligea à répondre avec une complète honnêteté :

- Pour tout vous dire, dans un premier temps, j’étais un peu agacé de ne pouvoir régler cette affaire rapidement. C’est mon habitude de la vie Parisienne où les choses se gèrent  vite. Ici, depuis mon arrivée, je compose avec un autre art de vivre. Je dois m’adapter mais je compte bien y parvenir.

Son regard bienveillant ne me lâchait pas :

- S’acclimater à notre région n’est pas chose facile vous savez... Même si au premier abord les gens vous apparaissent agréables, vous restez l’intrus, le Parisien. Moi-même, en mon temps, j’ai vécu à la grande ville, et je peux vous assurer que mon retour ici n’a pas été si facile. Pourtant je suis née à Aurillac et j’y ai grandi !

Je décelai dans le plissement des ses lèvres une émotion contenue.

- Et bien, avançai-je timidement, je suis aussi un Cantalien d’origine...

Elle se redressa :

- Vraiment ? ? D’où êtes-vous donc Monsieur Marsac ?

Je rougis de nouveau : 

- C’est un peu difficile à préciser. Ma mère est morte en couches et sa famille ne m’a pas gardé car j’étais un enfant illégitime. On m’a placé dans un orphelinat près de St Flour. A dix ans, une famille m’a adopté et nous sommes partis vivre à Paris.

- Mon dieu, quelle enfance terrible ! Je suis navrée. Et malgré cela, vous désirez revenir vivre ici ?

- Oui, justement pour cela... J’arrive à un tournant de ma vie où je ressens un besoin puissant de retrouver mes racines.

- Je comprends. J’ai éprouvé moi-même ce sentiment naguère... Et ce qui est amusant, c’est que j’avais acheté et organisé Salvanhac dans ce but : une retraite pour pouvoir régulièrement se ressourcer... Je trouve qu’il y a là un hasard heureux. De ce fait, continua-t’elle, d’un ton sans appel, je vais vous céder cette maison, jeune homme, avec tout ce qu’elle renferme, si vous le souhaitez. 

J’en demeurai pantois alors qu’elle sirotait son chocolat à petites gorgées, semblant prendre grand plaisir à mon agitation intérieure.

- Je ne sais comment vous remercier, finis-je par balbutier, c’est trop... Vous devriez peut-être réfléchir un peu cependant. Il y a là-bas, à ce que j’ai pu en juger, quantité de choses rares et précieuses dont je ne suis pas certain de pouvoir payer le juste prix.... 

Elle éclata d’un rire joyeux :

- Mon dieu... Ce n’est que cela ? L’argent ! Et moi qui pensais que votre hésitation était motivée par le manque d’attrait !

Soyons clairs, l’argent ne m’intéresse pas Monsieur Marsac. J’en suis suffisamment pourvue et je n’ai aucun héritier.

Mon brave Jérôme n’étant plus, je reste vivre dans la maison de ses ancêtres, pour l’honorer. J’ai le nécessaire et la photo que vous contempliez tout à l’heure est l’unique trace que je désire conserver d’un passé dissolu, luxueux soit, mais qui suffit aussi aux souvenirs amers...

Tous ces objets que vous trouvez précieux  sont des reliques de ce temps-là et ne reflètent plus pour moi qu’un manque de lucidité....

Je savais d’expérience qu’à ce moment précis la vieille dame ne demandait qu’à en révéler davantage mais de mon côté, je ne me sentais pas prêt à ces confidences.

Je venais enfin de comprendre pourquoi cette femme me plaisait tant ; je retrouvais dans son regard limpide l’expression de Sœur Angélique, un doux mélange de compassion, de renoncement heureux et d’abnégation.

Evidemment j’argumentai :

- Le jour viendra peut-être où...

Elle me coupa net :

- Vous êtes charmant Monsieur Marsac mais je ne crains pas les jours à venir car ils me sont comptés. Ma santé, autrefois très éprouvée, par ma faute, me rappelle à l’ordre. Toute chose a un prix à payer et dans mon cas, le temps qui reste est très court pour régler les dettes...

Comment n’avais-je pas su lire au travers de la pâleur translucide de son teint, le décharnement de ses poignets, cette évidente fragilité et les signes de la maladie ?

Je la dévisageais  à présent sans pudeur, incrédule et déjà désespéré par cette absence à venir. J’aurais voulu la connaître davantage, pénétrer ses mystères, apprendre son histoire avant qu’elle ne s’éloigne à jamais.

Je sentis intuitivement que mon émotion était partagée. Il flottait entre nous une espèce de connivence et de communauté d’esprit.

- Bien, dit-elle fermement, demain j’appellerai Maître Bompard à Vic-sur-Cère pour régler l’affaire. N’ayez aucun souci, votre prix sera le mien. Je n’y mettrai qu’une condition : votre visite m’a été très agréable et je souhaiterais vivement vous revoir de temps à autre. La solitude est parfois pesante dans la maladie et ces rencontres me seraient d’un grand soutien.

- Absolument ! (J’avais presque crié). Mais me permettez-vous à mon tour d’émettre un souhait ?

Elle parut amusée :

- Je vous écoute ?

- Accepteriez-vous de me parler du temps jadis et de me conter votre histoire ?

Elle secoua lentement la tête en signe d’accord avant de me tendre la main paume ouverte vers le haut :

- Dans notre pays, Paul... Je peux vous appeler Paul n’est-ce pas ? Vous me nommerez Roseline, cela facilitera les choses. Dans notre pays, disais-je donc, quand on conclut un marché on tope là...

Je m’exécutai de bonne grâce, avec précaution cependant de peur de lui briser le poignet, sans imaginer une seconde à quel point tout cela allait transformer le cours de mon destin.

 

 

...

 


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